Une relation née sur une application, un réseau social ou un groupe WhatsApp peut être parfaitement sincère. Elle peut aussi être une arnaque minutieusement préparée : faux profil, histoire touchante, puis demandes d’argent ou chantage. Les escroqueries en ligne sont devenues l’un des premiers motifs de signalement au Maroc : selon la DGSN, 60 % des signalements liés à la cybercriminalité reçus par sa plateforme E-Blagh lors de ses trois premiers mois (juin à octobre 2024) concernaient des arnaques et fraudes en ligne, et 20 % du chantage sexuel.
L’essentiel
- Méfiez-vous d’une personne qui refuse les appels vidéo, repousse sans cesse la rencontre ou finit par demander de l’argent.
- Une recherche d’image inversée et un appel vidéo en direct suffisent souvent à démasquer un faux profil.
- Si la personne affirme vivre au Maroc, un enquêteur peut vérifier sur place son identité apparente, son adresse, sa situation professionnelle et familiale, par des moyens licites.
- En cas d’escroquerie ou de chantage : ne payez rien, gardez les preuves et signalez les faits (plateforme E-Blagh de la DGSN ou plainte).
Les signaux d’alerte
Pris isolément, aucun signe n’est une preuve. Leur accumulation doit vous alerter :
- Pas de vidéo : caméra « cassée », connexion « trop faible », appels seulement en audio ;
- Une rencontre toujours repoussée, au dernier moment, pour une raison dramatique ;
- Des déclarations très rapides : amour, projets de mariage, avenir commun en quelques semaines ;
- Le passage pressé vers une messagerie privée (WhatsApp, Telegram) et l’abandon du site où vous vous êtes rencontrés ;
- Une demande d’argent, même modeste : billet d’avion, frais de visa, hôpital, douane, colis bloqué, « prêt » à rembourser ;
- Des photos trop parfaites, toujours de qualité professionnelle, jamais du quotidien ;
- Une demande de photos ou de vidéos intimes : c’est le point de départ classique du chantage (« sextorsion ») ;
- Des incohérences : horaires de connexion qui ne correspondent pas au pays annoncé, détails qui changent d’une conversation à l’autre.
Les vérifications à faire vous-même
Avant toute dépense, quelques réflexes gratuits :
- Recherche d’image inversée (Google Lens, par exemple) sur les photos du profil : si elles apparaissent sous d’autres noms ou sur des banques d’images, le profil est faux ;
- Appel vidéo en direct, en demandant un geste précis (écrire votre prénom sur une feuille, par exemple) ;
- Vérifier la cohérence des informations données : ville, quartier, employeur, études ;
- Ne jamais envoyer d’argent, de copie de pièce d’identité, de coordonnées bancaires ni de contenu intime à une personne jamais rencontrée.
Quand faire vérifier la personne sur place
Si la personne dit vivre au Maroc — à Casablanca, Rabat, Marrakech ou ailleurs — et que la relation devient sérieuse (projet de mariage, voyage, argent en jeu), une vérification de terrain lève le doute. Par des moyens licites, un enquêteur peut établir :
- que la personne existe et vit bien à l’adresse ou dans la ville annoncées ;
- que la situation professionnelle déclarée correspond à la réalité ;
- si elle vit seule ou mène une autre vie de couple ;
- ce qu’en disent, sans être alertés, son voisinage et son entourage professionnel.
C’est l’objet de l’enquête de moralité et, lorsqu’un mariage se prépare, de l’enquête avant mariage — voir aussi notre guide se marier au Maroc : ce que vous pouvez vérifier. Si vous vivez à l’étranger, tout peut se faire à distance (clients MRE).
Ce qu’un détective ne fera pas
Retrouver l’identité derrière un numéro de téléphone auprès d’un opérateur, géolocaliser un téléphone, accéder à un compte ou à une messagerie : ces mesures relèvent de la police et de la justice, sur réquisition. Un prestataire qui les propose agit illégalement — et peut lui-même être un escroc. Pour savoir où passe la frontière, lisez un détective privé est-il légal au Maroc ?.
Si vous êtes victime
- Cessez tout paiement et tout contact, sans prévenir l’escroc ;
- Ne cédez jamais au chantage : payer n’arrête pas les demandes ;
- Conservez les preuves : captures d’écran des profils et des conversations, numéros, reçus de transfert ;
- Signalez les faits : la DGSN a lancé en 2024 la plateforme E-Blagh, accessible depuis le Maroc et l’étranger, pour signaler les contenus illicites, escroqueries et chantages en ligne ; vous pouvez aussi porter plainte auprès d’un commissariat ou du procureur du Roi. Si vous vivez à l’étranger, signalez également les faits aux autorités de votre pays de résidence.
Un doute sur une personne rencontrée en ligne ? Le premier échange avec le cabinet est gratuit et confidentiel : décrivez votre situation.
Sources : DGSN, lancement de la plateforme E-Blagh (juin 2024) et bilan des trois premiers mois (octobre 2024), rapportés par Médias24.
Rédigé par le cabinet SNHSPY, Casablanca — ce contenu informatif ne constitue pas un conseil juridique.